jbbarth's

Alors que j’étais ce soir en compagnie de ma soeur et de Flo (son ami ou mon meilleur ami, je ne saurai jamais par quel sens le prendre), elle me raconte qu’un de ses profs l’a informé d’une réflexion de Nicolas Sarkozy, et que définitivement, elle ne voterait pas pour lui. Grosso modo, l’idée étant que les filières supérieures non-scientifiques sont improductives et remplissent trop d’étudiants pour peu de débouchés, il voudrait diminuer leurs subventions.

Alors que j’étais ce soir en compagnie de ma soeur et de Flo (son ami ou mon meilleur ami, je ne saurai jamais par quel sens le prendre), elle me raconte qu’un de ses profs l’a informé d’une réflexion de Nicolas Sarkozy, et que définitivement, elle ne voterait pas pour lui. Grosso modo, l’idée étant que les filières supérieures non-scientifiques sont improductives et remplissent trop d’étudiants pour peu de débouchés, il voudrait diminuer leurs subventions.

L’objectif de ce post n’est pas de débattre vraiment de cette proposition, mais je m’interroge fortement sur ce qui est relayé par les media, syndicats, blogs, institutions, ou autres corps, quant aux propositions de N. Sarkozy et à leur diabolisation (de même que ceux de S. Royal ont souvent été accentués et déformés pour la faire passer pour une cruche).

Réflexions diverses lors de la discussion :

  • Le monde éducatif et le monde professionnel sont en inadéquation, il y a bien un décalage quelque part
  • Avec une telle mesure, on “tue” la culture : l’appareil productif est insuffisant pour un pays, il faut bien des gens qui réfléchissent, des artistes, etc…
  • Les filières littéraires offrent une variété de débouchés plus importante qu’on veut bien le croire, ou qu’institutionnellement on nous laisse entendre
  • Ce ne serait que rationaliser les formations dispensées par l’éducation nationale que de faire correspondre les besoins du monde professionnel aux offres de formation
  • La campagne présidentielle actuelle dévie : le Président de la République n’est pas chef de l’exécutif, la politique étrangère est de son ressort, les orientations de politique intérieure également, pas les mesures concrètes ou la mise en oeuvre des réformes.
  • Où s’arrête l’information et où commence la propagande ? Est-ce légitime que de véhiculer ce genre d’information en fac ? Question ouverte, réponse sans intérêt :D

Opinion personnelle

Anyway, chacun aura son opinion sur ces réflexions. Personnellement, je crois que le système éducatif est très mal adapté au monde professionnel actuel.
Passons les fadeurs concernant les critères de sélection ou les modes d’apprentissage qui empêchent un infime pourcentage de génies de développer leur potentiel. Passons également les discours hypocrites qui visent à culpabiliser l’élève (ou révolter le contribuable) à propos des coûts exorbitants que représente chaque année de formation dans telle ou telle filière [1].
Je tends plutôt à penser que le système est inadapté puisqu’il est incapable de se réguler pour fournir les compétences qu’il faut (en proportion, nombre, et qualité) au marché du travail. Du coup, certaines filières glissent hors de leur vocation première. Dans mon école d’ingénieurs, on ne forme pas d’ingénieur. On produit des fainéants professionnels, quelques artistes, quelques pseudo-politologues/sociologues/trucologues, quelques économistes des transports, et une majorité de managers. Les métiers changent, mais pas la réalité et le bon sens, un blanc-bec de 23 ans est incapable de gérer correctement des ressources humaines, surtout s’il est incompétent sur le coeur de métier qu’il touche. Bref, ça n’est pas le sujet de ce billet.

Pourquoi tant de haine ?

J’en viens à ce pour quoi je voulais écrire ce billet. J’ai eu beau chercher un bon moment (de l’ordre de 3h bout à bout), j’ai été incapable de trouver la moindre trace d’une telle déclaration. Et pourtant, Google et Exalead [2] sont mes meilleurs amis ;-)

Il y a bien un rapport de l’Education Nationale sur le déclin des sections littéraires au lycée. Un autre, dont j’ai perdu la trace au fil des mes navigations, mentionnait des possibilités de réduction du budget des universités, proposées par N. Sarkozy alors Ministre des Finances, en 2004. Ca n’a servi qu’à exposer le gouvernement Raffarin 2, mais pas de trace concrète de changements ensuite.

La convention de l’UMP sur l’éducation (discours de N. Sarkozy du 22/02/06) ne fait pas mention de cela non plus. Il mentionne en revanche un décloisonnement de certaines filières et une suppression des “filières professionnelles sans débouchés” (sic) : certains CAP/BEP/Bac Pro, donc. Dans cette lignée, les sections Education et Enseignement Supérieur du site consacré au programme du candidat UMP ne fournissent pas vraiment plus d’éléments sur les budgets spécifiques des filières de fac. Une réflexion sur l’Enseignement Supérieur laisse présager un système de quotas suivant les filières :

“Notre pays a besoin de conduire plus de jeunes vers les études supérieures, mais des études dans lesquelles ils ont une chance de réussir et qui conduisent à l’emploi. Chaque bachelier aura une place à l’université, mais le nombre d’étudiants dans les différentes filières dépendra des réalités du marché du travail.”

Il n’est pas question de réduction des subventions, mais de rationaliser les effectifs des facs. Dans quelle mesure ? Tout cela reste très flou. C’est ce qui se fait cela dit dans certaines écoles d’ingénieurs, où le concours peut aller jusqu’à fermer certaines années si le marché est saturé. Cette phrase ne me convainc qu’à moitié de toute façon, puisque d’autres propositions visent à rendre les facs réellement autonomes. Si l’on suit ces deux idées, ces dernières auraient donc des comptes à rendre sur les choix qu’elles font en matière d’effectifs selon les filières. Je trouve ça tout ce qu’il y a de plus normal dans le principe, tout organisme d’Etat doit faire la preuve de la bonne utilisation qu’il fait de l’argent public : c’est un des 3 ou 4 principes essentiels régissant les missions de service public (et j’ai l’impression que l’Europe accentue encore cette exigence (cf le Code des Marchés Publics)). Mais rien qui touche à des baisses de subvention de certaines filières, encore une fois…

En outre, le blog de Francois Fillon (conseiller de N. Sarkozy) mentionne clairement en matière d’éducation une revalorisation des moyens des établissements d’enseignement secondaire + bibliothèques afin de susciter de nouvelles vocations dans les matières littéraires. Mais ce genre de tarte à la crème électorale n’est pas propre à l’UMP : selon un professeur d’économie au MIT, les programmes PS comme UMP envisagent des revalorisations de budget des universités, qui deviendraient plus indépendantes et plus spécialisées dans le cas de l’UMP. Le PS se contente d’employer une formule creuse à ce sujet.

So what ?

De deux choses l’une..

Ou bien cette information relève de l’intox totale. Comme le disait Desproges en son temps, il est de bon ton, voire nécessaire chez les artistes d’être dans l’opposition. Il en va de même actuellement, dans les milieux djeunz, c’est très à la mode d’être anti-sarkozy. Que dire.. Youpi :)

Ou bien cette information est vraie et vérifiable. Auquel cas, cela me paraît bien plus grave, puisque je ne parviens pas à y accéder. Soit c’est une proposition mineure (de toute façon il n’y a pas la moitié des propositions majeures qui seront mises en oeuvre), soit c’est une décision majeure non relayée par les media, et là, on se pose(rait) un paquet de questions. D’autant que ça ne serait même pas relayé par l’UMP elle même ? Hm ?

Une note positive ?

Le fonctionnement des universités se rapproche en fait beaucoup de celui des collectivités territoriales.
D’après ce document, qui synthétise le statut des établissements d’enseignement supérieur, les universités disposent d’une autonomie financière. Autonomie qui suppose un contrôle a posteriori des décisions par ses mécènes, soit (ainsi certainement qu’un contrôle de légalité des décisions par une administration tierce, ministère de l’EN ou préfecture vraissemblablement).

Anyway :

  • L’Etat n’est pas seul mécène des facs : la DGF est un outil bien commode pour équilibrer des comptes et faire joli dans les bilans de CT et des organismes publics et ainsi reporter la dette publique au niveau central.
  • Le Président de la République n’a aucun pouvoir direct sur la répartition de ces dotations (décidées selon toute vraisemblance lors du vote du budget par le parlement)
  • L’échelon national ne décide a priori pas des répartitions des budgets de fonctionnement entre filières en interne


[1] A ce propos, le principal adjoint de mon lycée en prépa nous a un jour sermonné alors que nous refusions de nous plier aux 4 volontés de notre professeur de français. Notre attitude était inadmissible, nous qui coûtions si cher au contribuable et qui avions tellement de chance. Je lui recommande la lecture d’une lettre ouverte de Jean-Pierre BARANI, professeur de Maths en PC* au Lycée du Parc à Lyon, en réponse à un article du Monde sur l’enfer des prépas, et qui tord le cou à certains lieux communs dans un style plutôt “relevé” :-)

[2] Exalead.fr est un moteur de recherche français qui sort des labos de l’Ecole des Mines.

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