L’imbécilité qui transpire des commentaires de certains atteint en ce moment des sommets qui me paraissent proprement intolérables. Le TGI de Lille a statué le 1er avril 2008 sur l’annulation d’un mariage de l’été 2006 pour, histoire de simplifier, mensonge de la jeune épouse sur la pureté de sa fleur.
Je vous recommande la lecture des articles suivants :
- Maitre Eolas : N’y a-t-il que les vierges qui puissent se marier ?
- Authueil : De la consommation du mariage
- Koz : La virginité leur fait perdre la tête
- Maitre Eolas : Affaire du mariage annulé : la chancellerie demande au parquet général de faire appel
- Maitre Eolas : Eolas sur France Info
- Koz : Où je reparle de la fleur de Mme H. épouse C.
Et je me permets d’ajouter ma couche à l’analyse, relativement sommaire, mais il est inutile de répéter ce qui est dit ci-dessus.
Au passage, les liens ci-dessus révèlent des opinions différentes, je ne suis pas catégorique sur cette affaire et je ne cherche pas à enfoncer le plus profond possible les gens qui pensent différemment, ce n’est pas vraiment le genre de la maison. Ce n’est pas non plus le genre de la maison de crier au scandale à chaud les yeux injectés de sang, de prendre des raccourcis intellectuels douteux pour se faire de la pub (amis du respect des standards numériques, bonsoir ! Comment peut-on diffuser ce genre de daube…), ou de caricaturer les faits au point de ne plus les reconnaître pour vendre du papier /mettre ici n’importe quel article de militant politique trop sûr de ces convictions/. C’est pourquoi je ne mets pas ces liens en valeur ci-dessus, le lecteur est libre d’aller se polluer le cerveau avec ces torchons numériques :-)
La malhonnêteté intellectuelle
Gérard, si tu voyais ça. Autour de cette affaire, les uns et les autres :
- tordent la réalité des faits dans le sens qui les arrange (inutile de donner des exemples) ;
- oublient des détails insignifiants : au début de la polémique, tout le monde a oublié de dire que la défenderesse avait (certainement par comodité technique, admettons) plaidé pour une annulation du mariage, oups ;
- débordent du sujet : et que je te parle de la virginité comme qualité essentielle-et-intrinsèque-des-femmes-ou-pas, et de l’islam qui-prone-les-pires-atrocités-alors-que-les-autres-religions-pas-du-tout, et du droit des femmes bafoué-revenu-3000-ans-en-arrière, et bla et bla et bla ;
- prennent des raccourcis intellectuels douteux et passent parfois à 2 doigts du Point Godwin. Citons Aurélie Filippetti, député PS de la Moselle de son état, qui fait une entrée fracassante dans le club peu select des irresponsables politiques qui compensent leur faible QI par le verbe. Cette dame, donc, hier sur France Info (audio ici) compare le diktat religieux sur la virginité des jeunes filles avec l’excision comme support d’un mensonge pouvant mener à une annulation du mariage. C’est vrai, c’est presque pareil ces deux sujets. Se faire exciser, y’a pas de quoi en faire un plat, fais pas ta mijorée. De toute façon tu perdras ta virginité un jour, alors, foutue pour foutue !
Que c’est fatiguant tous ces cons… Mais continuons.
L’effet de loupe
Cette affaire a subi un effet de loupe ahurissant. Un fait divers aboutit à une simple décision de justice entre deux particuliers, et depuis deux semaines, tout le monde ne parle que de ça. Il n’y a pas un problème ? Bon, il y a bien sûr immédiatement une annonce. Les politiques ne sont évidemment que de stupides roseaux qui plient au moindre coup de vent, qui peut venir de l’actu, d’une demi journée de grève de 12 ballauds, . Droite, gauche, pas d’inquiètude, il y aura toujours du changement, des grandes idées, des annonces à foison, et rien de structurel, surtout pas une once de courage, rien, rien, rien… C’est désolant. Mais continuons.
Les politiques et les libertés individuelles
Toujours Aurélie, wonderwoman locale des libertés individuelles.
Maitre Eolas—Le mariage est une affaire profondément privée, et la société n’a pas à s’intéresser à ces causes-là [NDLA: la virginité de la future épouse] dès lors que l’époux avait clairement exprimé que c’était une condition pour lui. On peut le désapprouver, on peut le critiquer, tout à fait, ça c’est une liberté d’opinion, mais juridiquement, il avait dit qu’il n’épouserait son épouse que si elle était vierge…
Aurélie Filippetti (lui coupant la parole)—Désolé, ça, ce genre d’argument on n’a pas à entendre ça en France ! Je suis désolée, on est dans une république, qui a un certain nombre de principes, de laïcité, on n’a pas à entendre ce genre d’arguments en France [...]”
Cela se passe de commentaire. On n’aurait plus le droit, en France, avec un F majuscule grand comme ça, d’arguer de choix relevant de la religion, de la spiritualité, pour justifier des décisions dans la sphère privée. A moins que ce soit réservé à l’Islam ? Hum, j’ai peur de ne pas bien avoir compris…
A droite ? Pas mieux, la garde des sceaux est à la limite du pétage de plombs à l’Assemblée Nationale. Entre le shorter et le deuxième commentaire on a presque tout dit (hormis que les vilains de gauche sont responsables de tous les maux de la politique sociale française aux yeux des gentils de droite). Mon shorter à moi ? Hum… “Les jeunes filles sont libres grâce à la Grande Justice Française. Réjouissons-nous, car elles sont aussi libres de subir une procédure d’appel sur un jugement qui leur convient ainsi qu’au plaignant. En effet, la Plèbe le réclame, et comme on dit, une de sacrifiée…”
Avec des politiques de ce niveau, sans aucune retenue, aucun recul, aucune mesure, qui font à peine la différence entre leur histoire personnelle et l’intérêt de la nation, on n’est pas arrivés…
Un brin de logique
“Oui mais moi, je suis d’accord avec ce jugement, le problème, c’est la jurisprudence.”
Oui mais Maurice, les juges ne sont pas des abrutis qui partent d’un exemple pour en faire une généralité. La jurisprudence n’est pas une sorte de maladie qui s’étend si l’on n’y prend pas garde. Ce n’est pas ça, la jurisprudence. La jurisprudence, c’est une solution donnée à une situation donnée (click here). De deux choses l’une : soit ce jugement est bon et dans des circonstances très similaires, le jugement rendu pourra s’appuyer sur cette première décision, tout en étant adaptée au cas futur (suivez un peu). Soit ce jugement est mauvais, et le vrai problème, ce n’est pas la jurisprudence, c’est que tu n’es pas d’accord avec ce premier jugement.
Pfiou.
Bon, cette fois on arrête, je mettrai à jour un de ces soirs. Ou pas.
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